Vendredi 30 septembre 2011 5 30 /09 /Sep /2011 12:00

 

Nos vies sont truffées de moments décisifs. La plupart du temps nous ne nous rendons pas compte qu'à un instant précis, nous avons fait un choix qui a changé le cours de notre vie. Et pourtant. L'effet papillon est bien présent. Tout ce que nous faisons, tout ce que nous vivons affecte notre vie ainsi que celle des gens qui nous entourentParfois, il arrive qu'on se rende compte que depuis ce moment M, notre vie a radicalement changé.

Merci à tous pour vos témoignages. Une fois de plus, vous m'avez bouleversée, montré que la volonté permet de déplacer des montagnes et de supporter l'insupportable.

 

Change

 

Delphine : Une nuit de novembre, un coup de fil m’a réveillée pour m’annoncer que l’homme qui avait partagé 8 ans de ma vie et dont j’étais en train de divorcer avait choisi de mourir. Violemment.

J’ai tout de suite su que ma vie ne serait plus jamais la même. Cela a tout changé avec du négatif, mais avec du positif aussi.

Ma vie a changé parce que ce jour-là, moi qui commençais à me sentir divorcée, je suis devenue veuve. Dernière en date dans la famille : ma grand-mère, 90 ans. Rien qu’un état civil, une vulgaire case à cocher sur une déclaration de revenus, certes… mais qui font de vous une exception, un cas à part. Je vous passe les plaisirs administratifs d’une succession avec sa future ex-belle famille…

Ma vie a changé également parce que c’est au bord de son précipice que j’ai découvert ce que j’ai dans les tripes. Ce face à face avec la mort a pompé toute ma force vitale avant de la décupler. Mieux que beaucoup de mes amis trentenaires, j’ai conscience à chaque battement de cil du prix de la vie, mais je devrais dire plutôt, du « choix » de la vie, de la chance hallucinante d’être en vie.

Depuis, j’ai vécu et appris la colère, l’horreur, la vacuité, l’obscurité, mais aussi et surtout le libre arbitre, l’instinct de vie et la force de l’amour, au sens très large.

 

Karine : Je pense que ma vie a changé en juin, et ce, même si les ramifications ne sont pas encore concrètes. J’ai rencontré une femme très puissante et numéro 1 dans son domaine d’activité lors d’une conférence. Elle a fait une présentation qui m a ouvert les yeux et le cœur ! Grâce à elle, je sais désormais pourquoi je suis sur cette planète. Tout ce qui me manque c’est la stratégie pour atteindre mon but, mais jamais dans ma vie je n’ai été autant poussée par ces ailes magiques de la vraie motivation. C’est une nouvelle façon de vivre, de se lever le matin avec un but concret et réalisable avec du temps.

 

Céline : 1994, étudiante en lettres modernes, indépendante, hyper autonome et hyper amoureuse d'un saxophoniste polonais amoureux de l'Afrique car y ayant vécu et ne pouvant s'en remettre.

Vie légère, simple allant de découvertes en découvertes, de concerts en concerts, de voyages en voyages. Les études fonctionnent, la vie de couple est idyllique et tout roule.

Et le matin de mes 23 ans, un 7 octobre: cadeau sous l'oreiller de mon amoureux parti répéter, lettre d'amour, postée la veille, dans la boite aux lettres de notre nid d'amour, je pars donc à la fac le coeur en fête.....

Je rentre en début d'après midi et suis d'abord surprise de ne pas voir son vélo devant la porte. J'ouvre et la je suis troublée : plus des meubles, plus d'instrument, plus de posters, plus de vêtements, plus de brosse à dents... Tout ses effets personnels s'étaient volatilisés....

J'ai d'abord pensé à une surprise, que me prépare-t-il donc encore, ce romantique du 20ème siècle?

Je vous parle aussi d'une époque ou les iPhone et les mails n'existaient pas, donc : J'ATTENDS!

Et rien, je pars travailler dans la librairie ou il s’occupait du rayon musical: il n'était pas apparu depuis la veille....

Les amis, la famille, les musiciens: personne ne savait ce qu'il était devenu.

Les étapes sont:

- la peur

- les questions

- les recherches

- le désespoir total

Ce désespoir m'a menée droit vers une énorme dépression qui m'a faite arrêter mes études, partir dans le sud, vivre aux Antilles.

Après deux ans d'errance internationale durant lesquels j'ai rencontré une âme soeur dont le petit ami s'était tué en voiture, j'ai presque tout touché, tout goûté, tout essayé comme si je devais me punir d'une faute grave. Pas de petit ami, je n'avais pas d’intérêt pour ça.

De retour des Antilles, moi qui désirais être professeur de français dans les territoires étrangers, j'ai repris un CAP d'esthétique après une maîtrise de lettres.

Et puis 6 ans plus tard, il réapparait, me dit que lorsqu'il pense à moi ne voit que des belles choses, qu'il a eu peur, demande pardon et s'en va....

Ma paix intérieure se réalise enfin  et laisse place à plus d'ouverture.

Je rencontre celui qui est mon mari aujourd'hui, l'inverse de moi-même, l'inverse de l’autre. Pragmatique, peu intellectuel sans questions existentielles.

Je continue à voyager dans le monde entier car je suis formatrice esthétique. Comme si l'appel de l'enseignement à l'étranger avait trouvé manière à s'exprimer.

 

Non, ma vie ne ressemble pas du tout à ce que j'avais imaginé. Très longtemps je me savais prête à le suivre s'il frappait à ma porte. Prête à tout lâcher. Aujourd'hui, je sais que cela n'arrivera pas, et je ne le suivrai plus, peut-être les effets de la quarantaine approchant ?

 

Mais il n'y a pas un jour ou je ne pense pas à lui ne serait-ce qu'une seconde. Que penserait-il de ceci ou de cela? Et là il saurait me dire quoi faire tellement il me connaît.

Et pourtant ma vie me plait. Mon homme est un amour, qui ne sait pas comment, souvent, s'y prendre avec mon caractère assez complexe.

 

J'ai souvent la même question : que serais-je devenue, si ? Suis-je vraiment là où je devrais être aujourd'hui ?

 

Sara : Le 3 mars 2008, jour de verglas, je suis en retard pour ma 2e journée de boulot de toute ma vie. C'est mon premier vrai travail déclaré, de vrais horaires à respecter, une vraie boss. Je sors de chez moi en courant. Je passe sur le pont au dessus du train qui permet d'accéder au quai et glisse sur la première marche.

Mon premier souvenir ensuite, j'entends une dame de dire "Mademoiselle, Mademoiselle... Appelez les pompiers s'il vous plait". Mon second souvenir : j'ouvre les yeux et je vois le visage horrifié des gens autour de moi car j'ai dévalé environ 3,50 m de marches en béton. Les pompiers arrivent, ils me parlent à peine, me mettent dans une coque et en quelques instants je suis aux urgences. Personne n'ose me toucher, ni rien me dire et j'entends cette phrase terrifiante "On ne la touche pas, on ne la déshabille pas, on attend le rhumatologue. " J'ai envie de crier que je peux bouger les orteils, j'essaie de me lever mais on m'immobilise de manière alarmante. Le plus inquiétant, tout le monde est très gentil avec moi et me regarde avec tristesse. Je passe presque plus d'une heure en radiologie avant qu'on m'autorise à bouger et qu'enfin, on m'explique.

Lors de ma chute, les muscles de mon dos se sont contractés pour protéger les os et ne se décontractent plus. L'infirmière m'explique que vu que je ne suis pas sportive du tout, c'est quelque chose d'assez exceptionnel et qu'ils pensaient tous que j'avais la colonne brisée vu la chute. Je dois rester allongée et sous médicaments pendant au moins une semaine et on me conseille de prolonger mon arrêt de travail jusqu'à la fin du mois. On me demande si quelqu'un va venir me chercher, je n'appelle pas mon fiancé, ni ma mère, ni ma meilleure amie. J'appelle mon ex qui vient immédiatement et passe tout le reste de la journée avec moi, me force à retourner en haut des marches et à les descendre, même en clopinant parce qu'il sait que sinon, la prochaine fois en haut de ces marches je vais flipper.

Ma vie d'avant : j'ai été élevée par mes grands-parents au sein d'une famille bourgeoise où on attache beaucoup d'importance au confort matériel. On m'a appris à me lever tôt, à bien tenir une maison, à faire des économies de bouts de chandelle, à investir dans le durable, la sécurité, même si ça n'apporte pas le bonheur, le confort matériel était très important pour moi.

Ce que ça a changé dans ma vie : j'ai fait le tri dans ma vie affective.

Je devais rester une semaine allongée au repos. Mon fiancé n'a rien fait pour moi : aucun repas, pas de ménage, rien. A l'heure où habituellement j'étais à l'extérieur et où il était censé être à la maison, il n'était pas là. Je me suis aperçue qu'il voyait quelqu'un d'autre. Après des semaines à pleurer, je suis partie.

J'ai fait le tri dans mes priorités. Je mettais des sous de coté mais sans but précis. Je favorisais le confort au détriment du bien-être. J'étais comme beaucoup de gens qui passent leur vie à râler qu'elle ne leur plait pas mais qui ne font rien pour en changer. Je suis partie à la recherche de moi-même. Est-ce que j'étais la personne que j'avais vraiment envie d'être ? Non. Ma vraie priorité est devenu moi et mon bien-être : ne pas s'engouffrer dans le métro s'il est bondé, prendre celui d'après. Au travail, ne pas se donner à corps perdu dans une tâche inutile et futile pour plaire à ma boss, mais travailler efficacement et parfois lui dire non.

Ce que ça a changé dans mon attitude au quotidien : je souris. En tout temps, sauf exceptionnellement, je souris et je prends tout de manière posée et calme. Je suis devenue un peu bordélique et je procrastine souvent parce que j'ai mieux à faire. J'économise pour réaliser mes rêves, le prochain, un aller simple pour Montréal !

Le leitmotiv qui guide ma vie : j'ai un toit sur la tête, de quoi me vêtir et de quoi manger, je suis en bonne santé, alors tout va bien.

Par contre, je suis devenue intolérante envers les gens qui se plaignent tout le temps et/ou qui considèrent que les petites difficultés qu'ils rencontrent dans leur vie doivent être le centre de leurs préoccupations.

Je relativise. J'ai mis un peu de temps à réaliser ce qui aurait pu se passer. Dans cet accident, j'aurai pu me faire très mal, finir en fauteuil roulant ou pire. J'en suis sortie indemne. C'est, à mon sens, un cadeau de la vie.

 

Delphine : C'était il y a 1 an et demi, je ne me sentais plus à ma place dans ma vie. J'avais rompu avec mon copain après une relation qui avait duré 5 ans, je commençais à m'ennuyer dans mon boulot et je regrettais de ne pas être partie à l'étranger pendant mes études (dû en partie au fait que j'étais en couple à ce moment là).

Alors quand ma société a rencontré des difficultés financières et a annoncé qu'ils devaient licencier 10 personnes, je me suis donnée seulement quelques heures pour réfléchir et j'ai foncé en me proposant pour un licenciement volontaire. J'ai quitté mon appart ainsi que la ville dans laquelle j'habitais pour retourner vivre chez mes parents le temps de trouver un poste au Royaume-Uni.

2 mois plus tard je débarquais à Londres avec ma petite valise, sans connaitre personne ici et avec comme seul point d'ancrage un job qui m'attendait... et j'y suis toujours, plus heureuse que jamais, vivant l'instant présent dans cette magnifique ville.

Je n'ai jamais regretté d'avoir pris ce risque, même si j'ai dû faire face à des gros moments de doute (notamment la partie chômage chez papa-maman après avoir goûté à l'indépendance pendant des années, pas si simple).

 

Mathilde : J'avais une meilleure amie depuis 5 ans, on avait même pris un appart' ensemble durant deux ans. A la fin de mes études, je suis partie un an en Angleterre. Une fois sur place, elle était devenue froide et limite méchante envers moi. Nous nous sommes expliquées, et elle a pété un plomb (comme quand une fille pète un plomb sur son mec lorsque la coupe est pleine). J'ai eu droit aux reproches, au fait que je ne l'aimais pas assez...

 

Ca m'a ouvert les yeux. En deux ans, j'ai toujours été à ses côtés, je refusais des sorties pour ne pas la laisser seule, lui mentais pour ne pas qu’elle me juge, me retenais de faire ceci, de faire cela...

Ce jour-là j'ai dit non à son caprice et je me suis rendue compte, comme dirait le dicton, qu'à être trop bonne on fini par être trop conne. Maintenant, je vis ma vie, sans peur d'être jugée et avec des amies qui m'encouragent. Ce jour-là j'ai donc compris ce qu'était vraiment l'amitié.

 

Pauline : Le jour de la naissance de mon fils a changé ma vie. 22 heures assise sur une table à me demander si j'allais y passer, ayant toujours eu depuis ma plus tendre enfance une peur panique de ce jour-là. 

Mon mari qui ne cessait de me répéter "je suis désolé, j'aurais du t'acheter un chien comme tu le voulais" et moi qui lui répondais  entre deux gorgées prises avec un brumisateur en serrant les dents "plus jamais !!! C'est horrible plus J-A-M-A-I-S"!

Après donc 22h qui me parurent une éternité, une table d'opération plus tard je croise le regard de ce petit être déjà si éveillé et mon corps se relâche et je comprends d'un coup, le pourquoi du comment.

Je compris à cet instant le rôle que j'avais à jouer sur cette planète.

Prendre soin de lui, faire perdurer la race humaine ! 

C’est un challenge au quotidien : être une maman digne de ce nom mais continuer à être l'épouse, l'amante, la femme aimante et au milieu de toutes ces casquettes ne pas perdre de vue qui on est et qui on était. C'est peut-être ce qui fut le plus dur pour moi.

Aujourd'hui mon fils a deux ans et je n'ai pas oublié les souffrances de sa naissance et pourtant je me sens prête dès que je le pourrai à donner la vie une seconde fois en espérant que cela sera moins douloureux mais tout aussi magique.

 

Diane : Le moment qui a été déterminant dans ma vie c’est lorsque je suis sortie du bloc opératoire et que l’on m’a dit "C’est bon on a réparé ton cœur maintenant tu n’as plus qu'à vivre". J’apprécie tous les moments de la vie maintenant avec quand même quelques craintes, mais ça a changé ma vie à tout jamais. 

 

 

Par Lucie de Paola - Publié dans : Et vous ?
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